Monitoring socioéconomique 2022 marché du travail et origine : une progression lente et fragile


La 5e édition du Monitoring socioéconomique[1] du SPF Emploi, Travail et Concertation sociale et d’Unia, couvre la période de 2008 à 2019. Elle montre que la position des personnes d’origine étrangère sur le marché du travail s’est améliorée ces dernières années. Mais leur taux d’emploi reste bien inférieur à celui des personnes d’origine belge, comparé notamment à nos voisins. La pandémie de Covid-19 a par ailleurs confirmé leur statut précaire. Le rapport se conclut sur une série de recommandations.


1 Un marché du travail ethnostratifié


Le marché belge du travail a évolué de manière favorable entre 2017 et 2019, avec un taux d’emploi qui est passé de 64,7% en 2016 à 67,1% en 2019. Il a augmenté pour toutes les origines, même si cela cache parfois des disparités. Toutefois, le rapport 2022 pointe encore une fois l’ethnostratification du marché du travail et une discrimination structurelle qui réduit les chances de décrocher un emploi pour les personnes d’origine étrangère. Ainsi :


- A niveau de diplôme et domaine d’études identiques, les personnes d’origine étrangère trouvent plus difficilement un emploi. Même si l’écart de taux d’emploi par rapport aux personnes d’origine belge s’est réduit pour chaque niveau de diplôme depuis 2016, cet écart reste très marqué dans le cas d’un diplôme de l’enseignement supérieur. En outre, l’écart salarial est plus grand : 21,9% des diplômés de l’enseignement supérieur d’origine étrangère se retrouvent dans les catégories salariales inférieures, contre 8,2% pour les personnes d’origine belge.

- La qualité du travail (salaires, mobilité entre les statuts, secteurs et types de contrats) s’est améliorée, mais les personnes issues de l’immigration restent surreprésentées dans des postes moins qualitatifs et moins durables, et se retrouvent plus régulièrement au chômage ou travaillant comme intérimaires ou ouvriers. Et il est encore plus compliqué pour ces personnes de trouver un travail lorsqu’elles possèdent au plus un certificat de l’enseignement secondaire inférieur, ont plus de 55 ans, sont des femmes/mères ou sont récemment arrivées en Belgique.




2 L’impact de la Covid 19


Ce chapitre spécifique est basé sur les données partielles pour 2020 et 2021 et sur les données de l’Enquête sur les forces de travail (Statbel). L’analyse du marché du travail en 2020 montre que les personnes d’origine étrangère ont été moins nombreuses à pouvoir faire du télétravail - et donc plus exposées aux risques de contagion -, et qu’elles étaient surreprésentées dans des secteurs qui ont dû fermer leurs portes. Elles ont donc été plus souvent en chômage temporaire ou ont perdu leur emploi, et la reprise de l’activité a été plus difficile pour elles. La situation s’est avérée plus compliquée encore pour les personnes titulaires au maximum d’un certificat de l’enseignement secondaire inférieur et les travailleurs à bas revenus.



3 Travail étudiant, retard scolaire et détachement : des défis spécifiques


Le travail étudiant concerne 38,9% de la population totale des jeunes de 15 à 24 ans. Les personnes d’origine belge sont proportionnellement les plus nombreuses, suivies de celles originaires d’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Le secteur le plus plébiscité par les étudiants est le secteur des activités liées à l’emploi (dont l’intérim), puis le secteur de la restauration et celui du commerce de détail. Travailler pendant les études semble globalement conférer un léger avantage en matière d’accès à l’emploi (+1,8 point de pourcentage), surtout pour les personnes d’origine étrangère.


Le retard scolaire constitue un frein pour l’accès à l’enseignement supérieur et influence négativement le taux d’emploi par après. A noter que les personnes d’origine belge sont plus de 72% à avoir obtenu leur diplôme de l’enseignement secondaire supérieur sans retard scolaire, contre moins de 40% pour les personnes d’origine étrangère.


Le détachement est en plein essor : en 2020, 21% des travailleurs détachés étaient d’origine non européenne, contre 8% seulement en 2010. Ces travailleurs non soumis au permis unique en Belgique sont généralement détachés par un employeur établi dans un des Etats membres de l’UE-15, avec les Pays-Bas largement en tête (26%), suivis par le Portugal (7%), la France (5%) et l’Allemagne (4%). Le détachement est particulièrement important dans les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre (construction, transports et industrie métallurgique). Toutefois, il est plus diversifié, et les services spécialisés dans les secteurs à forte valeur ajoutée occupent également une place importante dans le paysage du détachement. La mobilité des ressortissants de pays tiers par le biais du détachement est un phénomène important et croissant qui modifie fondamentalement l'ampleur et, en particulier, le profil de la migration de main-d'œuvre vers des pays comme la Belgique.



4 Conclusions


Si la Belgique a progressé en matière d’intégration des personnes d’origine étrangère sur le marché du travail, les progrès sont lents et fragiles, et nous restons le plus mauvais élève de l’Union européenne. Le rapport montre que ce phénomène aux multiples facettes nécessite une approche globale et concertée entre les différentes autorités, en collaboration avec les partenaires sociaux. Selon le rapport, la solution passera par une amélioration de la mobilité sur le marché du travail, une attention accrue pour le problème de la segmentation et de la qualité du travail, une lutte adéquate contre la discrimination, un enseignement solide qui donne des chances à tous, une politique de migration et d’intégration adaptée et un appareil statistique renforcé. Nous renions à vous en informer.


[1] Monitoring socioéconomique 2022: marché du travail et origine - Service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale (belgique.be). Cette note reprend des éléments de l’article Un marché de l’emploi à plusieurs vitesses selon votre origine encore en 2022 | Unia

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